Pas si nulle .


image Je voulais t’écrire parce que j’ai peur d’oublier à quel point c’était important pour moi de laisser des traces, pour toi, plus tard . Des traces de toi en construction, qui se cherche et qui grandit . J’aime croire que c’est aussi cela qui t’aidera dans ta quête de toi – même. Tu as quatre ans, tu auras quatre ans et demi en février. Tu refuses de compter les demis, tu dis que tu passeras directement à cinq.

Tu es très intelligent et chaque jour, tu m’impressionnes par toute cette  complexité de la vie dont tu t’empares, à laquelle tu te raccroches pour tenter de te l’approprier.

Tu es bourré d’humour, il faut dire que tu es à bonne école avec ton père…

Tu adores les Superhéros  et les Power Rangers, ce matin d’ailleurs, tu m’as même demandé de t’accrocher un poster à leur effigie juste à côté de ton lit. Tu ne le sais sûrement pas mais j’ai eu le cœur serré, à chaque punaise enfoncée délicatement dans cette tapisserie Winnie de bébé, je pensais au temps passé dans cette chambre, encore vide de toi, avec mon ventre qui craque, à chanter, à écouter ta berceuse, à t’attendre, de tout mon cœur et mon âme en me caressant le ventre en rêvant à ma maternité toute proche.

Je me suis dit que le temps passait trop vite, d’ici peu, et cela sans même que je comprenne ce qui m’arrive, tu me demanderas de changer la tapisserie et d’afficher au mur un poster d’un groupe de musique qui n’existe pas encore .

Ce fichu temps qui passe, ça te travaille. Trop.

L’autre jour, tu m’as dit que tu avais peur que je sois vieille par crainte que je ne puisse plus jouer avec toi. Tu m’as demandé aussi combien de temps ça durait la vie, toi, tu estimes que ça dure cent ans .

Alors un soir, alors que tu étais inconsolable, j’ai compté jusqu’à cent, au volant, sur le chemin de la maison pour te prouver que cent,  c’était quand même beaucoup, que tu avais le temps.

Je dois avouer qu’à chaque dizaine passée, je me disais le contraire à moi-même, d’une toute petite voix accusatrice.

Entre toi et moi, ça n’est pas toujours évident, tu me fais souvent payé ce qui n’a pas été dans ta journée, je sais que c’est car nous sommes ( car Papa est tout aussi concerné) les personnes que tu aimes le plus, avec lesquelles tu t’accordes de craquer mais cela ne rend pas la chose plus facile à vivre pour moi.

Tu es souvent râleur, tu as parfois du mal à sortir de tes bouderies, et … Souvent, je ne t’aide pas en ayant la puérilité de prendre tout ça pour moi et d’en faire une montagne .

Tout cela vide mon réservoir affectif, il faut ajouter ensuite les disputes et les bagarres…Oui, ça n’est pas évident.

Je voudrais en parler mais je n’ose pas, je ne sais pas, je me dis que c’est moi l’adulte et que je devrais prendre le recul nécessaire, mais c’est surtout que j’ai le sentiment désagréable d’être la seule à vivre ça sur l’instant. Alors que je sais objectivement que ce que je décris par ces lignes concernent beaucoup, si ce n’est toutes les mères.

J’ai  mal quand tu me dis qu’on était bien tous les trois avant ton petit frère, je me sens comme un monstre qui t’aurait privé de toute la stabilité dont tu avais manifestement bien trop besoin. J’en ai pleuré tu sais, je pleure souvent, vraiment.

Puis l’heure qui suit, je me cache dans  l’entrebâillement de la porte de  ta chambre et je t’observe avec ton frère, je m’imprègne de cette scène d’amour inconditionnelle que tu essayes visiblement de me cacher. Alors je me résonne ensuite, rien ne sera jamais tout blanc ou tout noir  dans notre famille. Je me rend compte aussi qu’il suffit parfois de peu de choses pour remplir le réservoir affectif de  quelqu’un.

Alors, j’y travaille tous les jours car c’est toi qui en a le plus besoin.

Tu bégayes toujours et tu es suivi désormais toutes les semaines, cela te rassure, tu te sens  entouré. Quand tu chantes, nul hésitation ni allongement dans ta bouche, je crois bien  que c’est pour cela que tu viens de me confier ton projet de devenir chanteur plus tard. Tu t’imagines devant un public et tu n’exclues pas l’éventualité de chanter avec un groupe pour ne pas être seul sur scène car tu m’as confié que cette performance était un peu effrayante.

Tu te passionnes pour le dessin et moi, je décore  petit à petit le mur de ma chambre  et je m’émerveille.

Quand je t’observes, je me reconnais en beaucoup de points, Est-ce cela qui rend nos relations conflictuelles parfois ?

Suis-je trop idéaliste ?

Je me pose des questions le matin, le soir et un peu entre les deux, rien n’est facile quand on a le sentiment de ne pas faire assez. Foutue culpabilité.

Je culpabilise beaucoup plus pour toi que par rapport à ton frère, si je creuse en moi,  ce qui ressort c’est que je regrette de ne pas avoir été assez présente à mon goût pour toi, peu après la naissance de ton frère, j’ai comme le sentiment désagréable que cette idée fixe est insurmontable pour moi comme pour toi.

Comment me sortir cela de la tête ?

J’aimerais que tu me dises, j’aimerais pouvoir lire en toi pour me convaincre que tu ne crois pas que je t’aime moins que ton frère… car parfois tu agis comme s’il en étais ainsi, ce qui est très difficile à vivre et à interpréter parfois.

 

Bref, tu as quatre ans et demi ou presque et tu es déjà une si belle personne, qui grandit trop vite dans sa tête, qui pose trop de questions, ces questions qui demandent du temps pour y répondre, qui me plongent moi-même dans des réflexions que je n’avais pas prévu.

Tu as fait de moi une mère et chaque jour, je peaufine mon rôle, pour toi.

Tu as fait de moi une mère mais surtout un être humain meilleur  et j’espère de tout cœur que, même si parfois j’oublie le livre de bibliothèque ou si tu aurais préféré une compote à la framboise au goûter, tu ne me trouve pas si nulle que ça.

Je t’aime, mon grand.

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11 réflexions sur “Pas si nulle .

  1. Malgré tes doutes, tes peurs ou autres questionnements sans fin, je vois tjs autant de bienveillance et d’amour inconditionnel. ..
    Je trouve que tu es une maman formidable de te remettre ainsi en question et à mon avis, il n’y a pas de maman « pas si nulles », juste des mamans qui essayent de faire de leur mieux dans une drôle d’époque. ..

  2. Je partage plusieurs phrases de ton billet, notamment la culpabilité qui fut longtemps ma mauvaise compagne, et le réservoir affectif vide qui entraine des mauvaises réactions, des incompréhensions. Donc, effectivement, tu n’es pas seule, mais pour autant, qui d’autre que toi pourrait être une meilleure mère pour tes enfants ?!

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