Notre vie sans toi .


bégaiment

Tu es arrivé dans notre vie, sournoisement, à petits pas certes, mais surement .

 

Sur la pointe des pieds, tu t’es installé.

 

Longtemps la pédiatre a refusé d’admettre ta présence. Or nous, dès le début, nous t’avions pris au sérieux. Enfin, surtout Papa, car moi, je suis un peu naïve parfois …Alors je t’ai sous-estimé.

 

Ton intrusion si progressive et mesquine  nous rendait si triste tu peux savoir à quel point.

 

Je ne sais pas si j’ose parler de toi au passé… Mais tu étais le mal qui expliquait tellement d’autres maux chez notre fils.

 

Tu sais, sans mâcher mes mots, je dois te dire que tu as empoisonné sa vie et la nôtre par la même occasion mais ça, franchement, ça n’est  pas le plus grave tu vois.

 

Tu l’as empêché d’exprimer ses besoins les plus sommaires.

 

Tu l’as fait se sentir inférieur à son frère, inférieur à la Terre entière .

 

Car, sous ton emprise, il se sentait vulnérable et  fragile ….Car tu sais,  tous les autres pouvaient parler. Pas lui.

 

Tu as bloqué tellement de paroles qui avaient besoin de sortir que tu as fait de mon fils un enfant en colère .

 

Cohabiter à cinq avec toi n’était parfois que survivre, tant tu t’étais emparé de lui, tant tu l’avais transformé en un enfant qui m’a échappé complètement, tant j’ai frôlé le burn-out de me sentir si impuissante. Je l’étais au fond, sur le moment, et c’était juste insupportable .

 

A coup d’espoir et de séances d’orthophonie, à coup de fierté et de félicitations, à coup d’amour inconditionnel et d’empathie grandissante, on t’a montré doucement la porte de sortie.

 

Sans violence, sans être trop hâtifs, sans brûler les étapes car  on savait qu’il faudrait du temps, on t’a domestiqué, on lui a appris te dominer .

 

On voulait tellement que tu lui rendes sa liberté, on était prêts à tout pour ça je t’assure,  mais celui qui  t’a claqué la porte au nez, c’est bien lui.

 

Ce petit homme de trois ans et demi, qui a dit de manière déterminée et sans trembler en tapant du poing sur le bureau de son orthophoniste, qu’il t’avait mis  à la poubelle, que ça y est, il en était terminé de toi.

 

Alors oui, je t’avoue, depuis presque trois semaines, bien que les petites croix du tableau d’observation se maintiennent sur le chiffre « zéro », je n’ose dire à personne que mon fils ne bégaie plus car je sais que tu es là, tapi dans l’ombre et que tu le guettes . Je sais que d’ailleurs, tu le guetteras toujours .

 

Mais je voudrais juste t’exprimer à quel point on vit bien sans toi, à quel point si tu pouvais disparaître quelque part où tu ne ferais plus souffrir personne, ça nous remplirait de bonheur.

 

Sans vouloir être méchante, on est si bien comme ça,  je ne veux pas que ça s’arrête.

 

Jamais.

 

J’aimerais ne plus jamais voir mon fils pleurer car les mots ne sortent pas . Parce que ça me ronge pour lui et parce que je suis nulle pour cacher mon chagrin.

 

J’aimerais le voir encore et encore  comme aujourd’hui, fier de ses réussites et si peu déstabilisé par ses défaites, si confiant et si joyeux.

 

J’aimerai toujours en avoir plein la tête de ses paroles qui m’expriment enfin ses émotions et qui me disent la vie autrement plus belle que celle   que je peux voir avec mes yeux d’adulte. Je n’en ai jamais marre et mes oreilles ont tellement du mal à y croire que ça me fait pleurer parfois.

 

J’aimerai qu’il me détaille encore pendant de longs instants le déroulement de ses ateliers à l’école ou encore qu’il m’explique les différents pouvoirs des super-héros avec une précision qui captive, une précision qui dit : J’ai le pouvoir sur les mots, j’en fait ce que j’en veux.

 

Je veux ces paroles libérées, spontanées et imparfaites à l’infini.

 

J’ai le sentiment d’avoir retrouvé mon fils, tu as été l’obstacle virulent qui a tout compliqué.

 

Je te hais .

J’appréhende ton retour et je tends le dos mais surtout je savoure la richesse que tu as laissé derrière toi.

Tu crois peut-être pouvoir débarqué à nouveau un de ces jours dans sa vie .

Mais sache une chose, s’il a gagné cette bataille, il ne fait nul doute qu’il gagnera la guerre.

 

 

Petit billet spontané difficile à écrire qui me permet de conclure sur le fait que le bégaiement doit TOUJOURS être pris au sérieux, il peut être pris en charge au plus tôt par un orthophoniste même si l’enfant est très jeune( même vers deux ans et demi).

Il ne faut pas sous-estimer ce problème car plus longtemps on le laisse prendre sa place plus difficilement nous parviendrons à le foutre à la porte .

 

#ont’aura 🙂

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16 réflexions sur “Notre vie sans toi .

  1. Super touchant, super beau… Bravo au ptit bou qui a vaincue cet obstacle difficile et pleins pleins de bonnes choses à vous tous pour le futur.

  2. Comme je suis émue, comme c’est beau ce travail collectif et puis surtout le travail de ton petit bonhomme, wahou quelle force, quel tempérament il doit avoir, surtout si jeune. Mais comment pourrait il revenir s’il est parti, n’est ce pas définitif ?

  3. Un mot spontanée mais remplie d’amour de lucidité et de la détermination d’un petit bout qui mérite toutes les félicitations. En espérant qu’il y est encore pleins de zéro sur votre tableau

  4. très bel article, très bien écrit et mon dieu que l’on ressent bien tes émotions…
    ça m’a serré le cœur, fait monter les larmes mais heureusement le sourire est arrivé.
    Bravo à ton petit bout et bonne route

  5. Je découvre votre billet écrit avec tellement de pudeur et de profondeur. J’en suis toute chose. Une jolie leçon de courage. Belle et longue vie à votre petit garçon et à toute votre famille

  6. Très joli billet très touchant et magnifique victoire d’un p’tit bout de chou plus si petit… et surtout très joli témoignage complet. Il est vrai que quand on ne connaît pas, on ne peut pas trop se douter de ttes les difficultés… Alors encore Bravo et Merci.

  7. Bonjour, je découvre ce très bel article et je vous comprends ! Je vous comprends tellement puisque ma Choupette (3ans) avait réussi à arrêter de bégayer mais elle recommence depuis peu … on ne sait pas pourquoi mais cela revient. Ma fille s’en rends compte et cela l’a rend malheureuse …

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