Lettre à Mini #6 : Vague amère


Je suis arrivée dans le service toute en émotion, je pensais que j’allais pouvoir enfin te prendre dans mes bras .

On m’avait fait rêver en me disant que peut-être nous pourrions la faire enfin, cette première tétée .
Puis, tu étais là, dans ta boîte, paisible, emballé dans ta papillote, il était finalement impossible de te sortir, nous pouvions simplement effleurer ta main. C’était difficile, j’avais tellement de chagrin de te voir ailleurs que dans mes bras, j’avais envie de te respirer, je ne parvenais pas à te sentir et à m’imprégner de toi à cause de cette paroi qui nous séparait .

Je m’étais promis de ne pas pleurer quand l’infirmière est venu me chercher pour me conduire dans le service, mais tes larmes ont eu raison de ma promesse .
Alors que je t’observais comme pour réaliser ta naissance, tu t’es mis à pleurer, un peu, puis, de plus en plus fort . J’avais beau passer ma main à travers le hublot pour la poser sur toi, je n’y parvenais pas, tes pleurs  perduraient .
J’aurais voulu t’offrir le sécurité de mes bras, la tendresse de mon sein, mais, je ne pouvais rien faire. J’étais spectatrice de tes larmes, de tes angoisses.

À ce moment précis, une vague au goût amère est montée depuis mes tripes pour de loger dans ma gorge .

Elle laissa s’échapper des larmes, comme poussées au bord des yeux de désespoir . Je ne supportais pas de t’entendre pleurer et d’être incapable de t’apaiser .
Aujourd’hui, tu as 5 mois  et je ne supporte toujours pas tes pleurs. Les entendre m’est impossible.
Je suis là pour toi aujourd’hui, le jour, la nuit, nos bras sont ta maison, mon sein est ton repère. Je souhaite ne plus jamais être impuissante face à tes pleurs car cela fait resurgir en moi cette même vague amère .
Lorsque tu pleures, je ressens une panique certaine, un stress, je me ronge les ongles, je suis déboussolée, je perds pied, j’ai peur de ne pas réussir à t’apaiser .Je te sens comme dans ta boîte lorsque tu es en crise et j’ai le sentiment de ne pas pouvoir t’atteindre, comme avant .
Depuis que tu vas mieux, la vague amère s’éloigne, le nœud dans mon ventre se défait, je revis, je pleure à mon tour, toutes ces larmes que j’ai retenu pour te soutenir, ce temps ou tu n’étais qu’angoisse.
Je me rends compte aujourd’hui après coup à quel point tes pleurs m’obsèdent, à quel point ils me sont insupportables . Je repense à ces journées entières avec toi qui pleurait, à ces nuits éprouvantes, à notre fatigue à tous, à notre incompréhension,à ma déprime…
L’impuissance qui a campé trop longtemps dans mes tripes, j’espère qu’elle me laisse un peu de répit, juste un peu pour un temps .

Le  jour ou les choses ont commencé à s’améliorer pour toi, c’est toute notre vie qui a changé. Quand je m’occupe de toi, je te parle beaucoup, tu me prouves que tu me comprends, enfin. Tu ne peux pas imaginer à quel point ça change ma vie, je me sens enfin mieux dans mon rôle de mère. Je me sens capable à nouveau, j’ai repris confiance en moi, j’accorde plus d’attention à ton frère, il était temps, c’est une chose qui me faisait tellement culpabiliser …

Il y a de cela trois jours, nous parlions encore de la néonat’ avec Papa, de la grossesse qui a été si angoissante, l’accouchement… Tout n’a été qu’angoisse, nous en avons conscience mais, tu n’as plus rien à craindre désormais. Tu es un battant incroyable, tu l’as prouvé dès tes premiers jours dans ta boite lorsque les puéricultrices te retrouvaient en travers de ta couveuse, tu l’as prouvé ce matin là, quand tu as passé cet examen si douloureux, tu le prouves chaque jour en montrant ta force par tous les moyens, quitte à faire me faire peur même quelques fois. Il est évident que nous attendons un verdict concernant ton rein dans les mois qui viennent mais, je sais que tout ira bien mon bébé .

Alors, laisse moi t’atteindre et avec tout mon amour et ma tendresse je sècherai tes larmes. Baisse les bras, lâche prise, tu peux dormir maintenant, la paroi qui nous séparait est derrière nous à jamais . Laisse moi te bercer, t’accompagner, trouve enfin dans ton sommeil le repos apaisant que tu mérites, apprends par cœur mon odeur et puise-y ton réconfort . Je t’aime infiniment, tu m’as fait découvrir des formes d’amour encore inconnus pour moi, inespérées … Grâce à toi, je sais un peu mieux qui je suis, dans mes tripes .

Dans mes tripes, je suis forte, j’ai tenu bon, je savais que t’abandonner à tes larmes n’était pas LA solution .

Dans mes tripes, je suis fragile aussi, j’ai traversé ces quelques mois comme un robot sans me rendre compte à quel point j’étais malheureuse, à quel point j’avais perdu le contrôle .

Dans mes tripes, je suis mère, c’est tellement fort, que d’un coup mes soucis maternels ont pris toute la place . Je levais ma tête et j’avais le sentiment éprouvant que le plafond s’abaissait sur moi et allait m’écraser .

Je ne pensais pas que je pouvais tomber si bas, je ne pensais pas non plus en ressortir aussi « grande » .

Cette vague amère aura mis presque 5 mois à me quitter. Le jour ou tes pleurs ont cessé, j’ai pu ouvrir les yeux et analyser . Moi qui croyais que tu ne savais pas que j’étais ta mère dans ta boite, moi qui croyais que tu ne te sentais pas bien avec moi, je me suis rendu compte à quel point nous sommes fusionnels .

Toute cette période ou j’étais mal tu veillais sur moi tout autant que je veillais sur toi, ton angoisse nourrissait mon angoisse et inversement .

Je te promets que ça y est, on y est au bout du tunnel, je reprends le contrôle, tu peux enfin dormir tranquille mon amour .

Je me suis senti incapable, inutile, maladroite en tant que mère et cela m’a propulsé dans une spirale infernale ou l’on ne sait plus quel jour on est, ou l’on ne sait plus sourire .  J’ai tenu bon, j’ai repris le contrôle, je sais que je reviens de loin . Non, ça n’arrive pas qu’aux autres.

Je remercie le Chef d’être un père et un époux sur qui on peut compter TOUT LE TEMPS.  Je le fais chier avec son futsal car au fond, bein je suis jalouse et moi aussi j’aimerai monter un grand projet , quelque chose qui me sorte de ma routine.

C’est donc moi aujourd’hui qui sort de ma boite,je reprends ma respiration,  à mon tour de me lancer dans un projet ambitieux, un truc que je ferai avec mes tripes, un truc qui me rende fière …

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20 réflexions sur “Lettre à Mini #6 : Vague amère

  1. Comme je te comprend, d’ailleurs j’en parle dans mon dernier article, je sais comme c est dur de se sortir la tête dans l’eau mais on en ressort grandit et je suis heureuse de voir que tu vois le bout du tunnel !
    Courage pour la reconstruction!

  2. Je te lis très souvent mais je n’ai jamais commenté tes articles…
    Mais, là, olala, j’avais vraiment envie de te dire « bravo » ! Tu as l’air d’être une chouette maman !

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