Le poids des mots .


Aujourd’hui il m’est arrivé quelque chose de bouleversant . Juste dans une scène de vie normale, il a fallu quelques mots pour que j’ai des frissons et une boule dans la gorge.
Vous êtes belle . Je veux dire, vous êtes belle enceinte avec votre beau ventre rond. C’est si beau de porter la vie . Moi, cela ne m’arrivera jamais
J’étais bloquée, j’ai cru un instant ne rien pouvoir dire en retour .
J’ai finalement sorti un misérable :

Merci, je suis désolée .

Je l’étais vraiment, j’ai pensé aux personnes de mon entourage pour qui la procréation était délicate .

J’ai pensé aussi à cette femme, à son désespoir manifeste, j’essayais de comprendre, de me mettre à sa place. Je ne pouvais pas .

Nous, les parents on peut avoir le plus grand sentiment d’empathie pour ces personnes on ne se rend pas compte, je crois, de la torture que cela peut être parfois .

Une chose si simple devient complexe voire impossible, c’est toute une vie qui semble s’effondrer sous leurs pieds .

Oui, dans mes écrits je suis gnan-gnan, guimauve, je n’ai pourtant pas pour but d’enjoliver ou de fausser l’image de ma vie de mère . C’est juste que sans savoir réellement pourquoi, cette chance que j’ai, d’être mère me transcende, elle me rattrape toujours, je l’ai toujours en tête .
Je pense souvent aux autres, à celles qui n’ont pas cette chance, je réfléchis aux mots que l’on peut utiliser pour montrer qu’on est là sans être déplacé, mais je les trouve pas .
Je pense à toutes ces femmes sans cervelles qui balancent ouvertement à ces autres femmes en mal de maternité qu’elle ont de la chance de dormir longtemps le week-end, qu’elles doivent profiter de leur vie avant d’avoir des gosses … Bordel, mais ça veut dire quoi profiter de sa vie sérieusement ?!

Tout cela pour dire que oui, si on doit faire attention à tous les mots que l’on emploie , on ne s’en sort plus, certes.

Mais, moi, j’anime un blog ou j’étale ma vie .

Ma vie, c’est plein de choses mais c’est surtout de ma maternité dont je parle ici et même si c’est « in » et dans l’aire du temps de dire que les enfants sont parfois très difficiles à vivre , je ne m’y résous pas .

Je n’ai pas l’impression de mentir, quand ma soupape a besoin de se relâcher, notamment lors de mon congé parental, je laisse m’exprimer le temps d’un billet mon malêtre, mais je garde à l’esprit ma chance, mon infinie chance .

J’ai publié mon billet et j’ai oublié de dire quelque chose de fondamental . Je n’ai en effet pas parlé des papas.  Vivre une stérilité est une épreuve qui n’est en rien féminine. Derrière une femme à l’utérus désespérément vide, il y a un homme aux bras en mal de bébé.

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12 réflexions sur “Le poids des mots .

  1. Il est vrai que la grossesse est banalisée. Limite normal que ça arrive. Bah oui on est des femmes !
    Mais quand ça ne fonctionne pas, bah on a limite l’image qu’on n’est pas normale ! J’ai une amie ça fait plus de deux ans qu’elle essaie de tomber enceinte. Bah conclusion, elle n’ovule pas beaucoup et spermato limité en nombre. Alors là on se rend compte nous maman pour qui tout fonctionne (je tombe enceinte en claquant des doigts) qu’on n’est pas égale en maternité ! et que si je pouvais être mère porteuse pour elle je le ferai avec le plus grand amour !

  2. Eh bien j’aurais pu te dire la même chose que cette dame…sauf que je crois que je n’aurais pas osé, car souvent, le regard de la femme stérile (quel mot laid) sur la femme épanouie de vie, remplie d’un nouveau souffle, est mal compris, mal interprété, voire mal vécu – comme de l’envie, de la jalousie…
    Je suis stérile (hypofertile, qu’ils disent, pour faire plus joli), suite à une maladie qui touche à présent 4 femmes sur 10: l’endométriose. La mienne a eu le temps de s’installer et de coloniser mon ventre, qui dorénavant a autant de chances de porter la vie (par FIV) que René la Taupe de gagner les Présidentielles.
    Bref…
    C’est déjà difficile à vivre, en soi: supporter les ventres ronds autour de soi en faisant attention de n’avoir QUE des émotions positives, pour ne blesser personne, et surtout pour ne pas finir aigrie et amère (c’est un dur combat).
    Mais parfois, j’ai envie de hurler face aux comportements des gens, des mamans précisément.
    Il y a déjà le « tu peux pas comprendre » (ben oui, t’es une grosse bêtasse, ton ventre est vide, qu’est-ce que tu viens nous donner ton avis???). CElui-là, il tue, parce qu’il sert en plus à tout et à rien. Mes collègues (je suis prof) demandent que l’on fasse sauter des cours aux élèves pour foutre une réunion initialement prévue à 16h par l’administration? Je peux pas comprendre, j’ai pas d’enfant. Je peux pas comprendre non plus qu’est-ce que la vraie douleur (dixit ma frangine): les hémorroïdes post-accouchement. C’est sûr, celles-là, je les connaîtrai pas, merci de me le rappeler…mais je pense que la fissure anale post-intervention chirurgicale où on t’enlève 25 cm de colon, un bout de rectum, un morceau de vagin…bah elle est pas mal non plus.
    J’en peux plus de lire partout (copines, soeurs…) que j’ai de la chance…que j’ai trop trop trop de la chance de pouvoir (rayer la mention inutile) me lever tard / prendre des bains / lire des magazines sans être dérangée / sortir le soir / avoir ma râclette pour moi toute seule / bénéficier d’un silence royal (ah, ça, le silence, il est…royal).
    Des fois, j’ai envie de dire à ces femmes: si c’est si horrible d’avoir des gosses, pourquoi tu continues d’en faire? pourquoi tu t’arrêtes pas? pourquoi tu le rends pas? (donne-le moi, tu feras une heureuse)
    Je me DOUTE que c’est difficile, crevant, usant, j’appréhende le manque de sommeil, je n’aime pas le bruit, je me DOUTE que ça casse parfois les pieds pour ne pas dire pire, que c’est malade, que ça crie, que ça capricie, que ça fait des bouses comme on pensait même pas que c’était possible de faire des bouses…
    Mais c’est la VIE, aussi. Moi, ma vie, certes youpitralala je peux me promener en culotte dans mon appart’ avec une bouteille de Tequila à la main (je ne le fais pas, hein), mais sinon, elle ressemble à quoi ma vie?
    OK je me lève relativement tard…notamment parce que ma maladie m’a causé un tel handicap (incontinence anale suite à l’opération) que je ne peux pas commencer ma journée de travail avant 9h sous peine d’avoir une diarrhée devant mes élèves…
    OK je prends souvent des bains (pour atténuer la douleur, y a que ça qui peut parfois marcher).
    Mais je tuerais pour un petit peu de bruit, pour courir le matin entre l’un qui n’a pas brossé ses dents, l’autre qui se roule par terre parce qu’il voulait mettre son pull gris…pour entendre du bruit (parmi lequel je percevrais de temps en temps un « maman t’es trop belle » ou autres choses que mes oreilles entendent toujours pour les autres). Bref: bien sûr que c’est dur d’être mère…mais s’il est une chose encore plus dure, c’est de s’entendre répéter qu’on a de la chance alors que nous, notre situation, on ne l’a pas choisie (alors qu’en général, être mère, c’est un choix…à un moment donné, en fait!). Leur vie n’est pas plus enviable que la mienne, chaque vie a des inconvénients et des avantages…mais la différence, et elle est de taille, c’est qu’elles, c’est leur choix. Moi, je subis. Et ça fait mal.

    • Eve, tu m’as fait pleurer .
      Ces femmes sont cruelles et sans tact.
      Comme je le dis dans mon billet, je n’ai pas les mots pour t’exprimer que j’essaye tant bien que mal de comprendre ton malêtre. Je pense à toi et à toutes les autres et je ne sais jamais quoi leur dire . Parois les mots ne sont pas à la hauteur face à la vie.

      • En fait j’ai souvent envie de répondre assez violemment à mes copines / collègues / soeurs lorsqu’elles me disent des « nan mais tu te rends pas compte, c’est super dur les enfants »…
        A les entendre, je n’aurais pas le droit de me plaindre de fatigue par exemple, parce que non, mais tu te rends pas compte, tu peux pas être fatiguée si t’as pas de gosse…(ben si, avec une endo stade IV et une reconnaissance handicap, tu es fatiguée).
        Dans ces cas-là, j’ai envie de leur répondre qu’elles sont bien idiotes, qu’elles tombent de la lune? Parce qu’on nous l’a suffisamment répété, qu’un enfant c’était…chiant…parfois.
        Et puis j’aime pas quand on me dit ça, car non, je n’idéalise pas l’enfant, je n’imagine pas un truc merveilleux et rose bonbon: je suis prof, je suis donc plutôt bien placée pour voir que les mignons chérubins en Baby Dior deviennent d’innommables traîne-pieds bourrés de boutons et de mauvaise volonté, si pas pire.
        Bref: des fois, j’enrage.

  3. c’est vrai qu’on ne peut pas se rendre compte nous qui avons la chance d’avoir des enfants … et c’est super dur de trouver les mots … on peut juste être présent si ces personnes sont assez proches … j’ai une amie qui fait sa 5ème et dernière FIV dans un mois (elle en a eu une en « rab » car ils s’étaient planté de technique à la 2ème) et qui commence ses démarches à l’agence française pour l’adoption … je ne sais plus quoi lui dire … d’autant plus qu’elle n’est pas stérile … c’est son copain qui de surcroit a eu une fille il y a 6 ans d’une précédente relation … elle a été kidnappée par sa mère en allemagne … le choc psycho a été tel que les spermatozoïdes ont morflé … que leur dire ??? je l’admire d’être aussi tenace, plus d’une nana se serait peut-être barrée … ils vivent la galère pr tt : les procès pr récupérer des droits de garde, les fiv etc. !
    en ts les cas, jamais je me plains des aléas de la maternité devant eux ou alors juste de façon légère et très humoristique !

  4. Je te rejoins totalement!
    C’est étrange tu vois, mais parfois mes 2 grands sont durs, surtout TiBiscuit, d’ailleurs, il a toujours été dur, mais sur mon blog, je ne préfère pas m’étaler sur ce côté de sa personnalité même si parfois j’aurai envie d’écrire un billet pour vider mon sac de désespoir…
    J’aime bien écrire des billets sur le ton de l’humour, bien que depuis l’arrivée de Chichi, je n’y arrive plus vraiment, je suis devenue une guimauve.
    Par contre, je n’adhère pas trop au courant « mère indigne ». Je n’ai pas envie de dire que mes doudoux sont chiants ou barbants (même si parfois je le pense) parce que comme tu dis, c’est une chance de pouvoir avoir des enfants, une chance que beaucoup n’ont pas ou avec difficultés.
    TiBiscuit est arrivé après plus d’un an d’essai et j’ai entraperçu ce que ça fait de se sentir infertile … c’est dur, très dur… encore plus dur de voir des ventres ronds partout.

  5. Bonjour ,
    Très bel article sur le poids des mots, je comprends ce que tu as vécu, ce choc que ces quelques mots ont provoqués dans ta tête de femme enceinte.

    J’ai une amie qui est passé par un assez long parcours de PMA , fiv avec DPI et j’en passe et moi pendant tout son parcours j’ai eu le temps de vouloir des enfants, de tomber enceinte, et au final j’en ai eu deux avec 2 ans et demi d’écart. Elle, n’avais toujours pas pu toucher se rêve de maternité du bout des doigts. J’ai passé toutes ces années à me sentir mal,à m’en vouloir de ma « facilité » à tomber enceinte, à calculer mes mots pour ne pas blesser ou choquer, à passer mes grossesses seule parce que au fur et a mesure ses essais étaient infructueux et que je voulais pas débarquer avec un gros bidon tout plein de vie alors que pour elle la veille son test affiché une bien triste nouvelle. Je ne voulais pas imposer mes grossesses et mes enfants.Mais j’étais toujours là pour la soutenir, sans m’imposer, quand un nouvel échec survenait
    Elle en a toujours parlé ouvertement, ça lui permettait de ne pas rester avec ce poid sur le coeur.
    Puis un jour le 22 novembre 2010 cette date m’est restée en mémoire sa prise de sang a enfin marqué positif quand j’ai reçu son texto avec juste écris « c’est positif!! » j’ai ressentis enfin une immense joie pour elle comme si c’était mon test de grossesse, tant de sacrifice de douleur psychologique et enfin du positif dans tous ce parcours !

    Tous ça pour dire que vis à vie de nos amies,inconnus, femmes ou homme qui souffrent de ne pouvoir vivre cette parenthèse « enchantée » qu’est la maternité, parentalité, on a toujours peur d’en faire/dire trop ou pas assez , mais c’est pas en mal.
    C’est le propre de l’être homme que d’être maladroit face à ce qu’il ne contrôle pas.

  6. La maman du P’tit Pois, moi qui suis en plein burn-out pour cause de manque de grave manque de sommeil et de non-entourage alors que je suis seule (la plupart du temps) avec mes 2 filles, tu m’as fait prendre conscience à quelle point je suis chanceuse de les avoir auprès de moi, et là, je me sens subitement heureuse et apaisée, chose qui ne m’était pas arrivée depuis fort longtemps (bon, elles dorment toutes 2 aussi en même temps, ça aide!), pour cela je te remercie!
    C’est vrai, devant tous les soucis du quotidien, devant les cris, les bêtises, les perpétuels réveils nocturnes, les réveils trop matinaux et l’absence du temps pour soi et pour décompresser, on oublie que nos enfants, c’est aussi beaucoup d’amour, de rires, de tendresse et de moment de joie.

    Je suis triste pour tous ces couples en mal d’enfants…

  7. étant concernée par cette vie qui ne veut pas venir grandir en moi, je suis particulièrement touchée par cette discussion…
    ça fait un bien fou de vous lire et de savoir que nous, « futures mamans un jour peut être », ne sommes pas des bêtes de foire…
    je rejoins Eve… ben oui, ça fait mal de ne pas savoir « qu’est ce tu parles? t’en as pas!!! » « tu peux pas comprendre » « non, pas de congé la semaine là, car pas d’enfant »
    on est punie de A à Z
    le pire, sont celles qui nous évitent (connaissances, voire amies) car « tu comprend, c’est délicat avec toi!! »
    ben oui, vas y, met moi à l’écart!!! je me sens pas du tout en décalage déjà!!!!
    nous sommes en mal d’enfant mais tellement heureux de savoir que d’autres maman connaissent ce bonheur

  8. Tu vois, là je regarde la photo de ton échographie sur Facebook. Et j’ai des frissons. J’en ai vu, des échos, ayant 13 neveux et nièces (mon drame: avoir 4 frères et soeurs qui ont tous pleiiiin d’enfants, et être la seule à avoir un ventre désespérément vide). Mais celle-ci, elle arrive à un moment où je viens, moi aussi, de faire des examens.
    Pour suivre l’évolution de ma maladie, on me fait subir régulièrement des échographies, des IRM, des scanners (et d’autres trucs moins glam’, manométrie ano rectale, etc.). Et je me suis souvent dit, en voyant mon utérus en gros plan sur l’écran, que c’était juste déprimant, une échographie. Jamais on ne me dit « vous voyez, là ce sont ses mains, là c’est sa tête »…non, on me montre comment mon ovaire a été atrophié par l’opération, comment mon utérus est collé à mon rectum à cause de ma adhérences…
    Les échographies, c’est devenu un truc horrible. Humiliant. Déprimant.

  9. Pingback: Nous, les chanceuses …. « P'tite maman

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